Mercredi 6 juin 2007
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Nous avons eu la chance d’etre invite a la cremaillere d’un collegue indien de Jean. C’est une ceremonie importante pour tous les hindous, incontournable quelque soit apparemment la classe sociale. Mais cela n’a rien a voir avec nos cremailleres de chez nous (si toutefois on en fait une...) puisque c’est principalement un acte religieux.
Je precise que le collegue en question est un ingenieur donc deja d’une classe sociale assez elevee et qu’il vient d’acceder pour sa plus grande fierte a la propriete d’un appartement dans un immeuble tout neuf, encore meme en construction. C’est pour les indiens de la classe emergente un nouveau type d’habitat tres convoite, il en pousse comme des champignons dans toutes les peripheries de la ville ; mais qui, pour nous occidentaux, ressemble plus a ce que l’on construisait dans les annees 70, et qui apres quelques annees d’usage feront vite l’effet de nos vieux HLM...(surtout qu’on sait que ce ne sont pas les rois de la maintenance). En tout cas, apres renseignements pris, la plupart des hindous font en principe cette ceremonie, meme si le style d’habitat est souvent bien plus modeste...
voici tout d’abord l’invitation que nous avions recu :
With Great Pleasure, I invite you all to the "Grih Pravesh" Ceremony
of my new flat on 28 th April ,Saturday.
The Pooja is scheduled at 10:26 AM. please grace the ceremony with family. Phani
Vous noterez la precision de l’heure de rendez vous ! j’ai d’abord cru a une faute de frappe, surtout que les indiens ont pour habitude d’arriver en retard. Mais dans ce cas pas du tout, c’est bien a 10h26 precises que debutait la « pooja » c’est a dire la benediction de la maison par un prete hindou. En fait la date et l’heure de cette ceremonie sont toujours calculees et decidees par un astrologue en fonction d’un tas de parametres : l’horoscope des futurs residents, le lieu, s’il s’agit d’une maison jamais habitee, ou ancienne, ou renovee etc... Et la femme n’est pas supposee etre enceinte a ce moment la... !
Quelle chance pour nous... cela tombait un samedi a une heure sympa, on aurait tres bien pu etre invite a 5h du mat... c’est pareil pour les mariages du reste... Grosse difference avec nos methodes occidentales, aussi, ils font cette ceremonie avant d’avoir emenage et d’y habiter (et heureusement vu ce qu’ils font dedans a cette occasion J)
Bref nous avons retrouve la famille et les invites a l’heure dite. En tout et pour tout, trois « blancs » au milieu de cette bonne trentaine d’indiens donc un veritable bain culturel, tous tres chaleureux, et manifestement tres honores de notre presence (qui sait on a peut etre aussi servi de signe de bonne augure pour eux...).
Nous nous sommes d’abord dechausses dehors et le prete hindou nous a tous rassembles devant la porte de l’appartement, decoree de guirlandes de fleurs. Aux premieres loges, le couple des futurs residents, la femme evidemment joliment drapee d’un sari en soie paillete, paree de tous ses bijoux en or et de fleurs dans les cheveux...Derriere, les meres et belles meres portant l’une le typique pot a eau en metal, et l’autre une enorme corbeille de fruit.
Le pretre entame une serie de « Mantras » c’est a dire les prieres et incantations, qui semblent parfois chantees, parfois parlees, parfois totalement monocordes, parfois entrecoupees de hausses de ton (a croire qu’on a pousse le volume a fond...), en tout cas totalement incomprehensibles pour nous.
Et nous voila partis pour deux heures trente de benedictions... ca on ne savait pas encore...mais heureusement il y avait tout un tas de petites actions differentes, plus visuelles et qui nous ont rendu les choses plus digestes...
Devant chaque porte des pieces de l’appartement, le pretre a continue ses mantras, tout en ecrasant au sol une sorte de courge locale, puis des noix de cocos et des citrons, le tout saupoudre d’epices et de poudres colorees (mieux vaut ne pas avoir de moquette dans ce pays... J), faisant tinter une cloche, et toujours suivi par notre troupe compacte. Nous nous sommes ensuite atardes autour de la gaziniere, manifestement un endroit important, le pretre assis en tailleur sur le plan de travail.
La, il a en plus fait bruler de l’encens et fait « tourner » une meche enflammee pendant que le couple priait les mains jointes. Toutes les femmes de l’assistance ont du ensuite prendre une poignee de riz, pour la jeter dans une casserole de lait bouillant tout en repetant trois fois une phrase, ce qu’ils m’ont conviee aussi a faire. J’ai fait de mon mieux, en ayant aucune idee de ce que je disais, mais ils avaient l’air content que je me prete « au jeu »...
La derniere (et longue...) etape aura ete dans la piece principale ou ils avaient dresse un autel avec nombreuses effigies et statuettes de dieux (Lakschmi, Shiva, Ganesh, Parvati....), des guirlandes de fleurs, de l’encens et toutes les offrandes traditionnelles aux dieux : fruits, noix de coco, eau, lait, miel, ghee (une sorte de beurre local au gout amer et rance... mais c’est normal...), sucre, riz, lentilles, epices..
La, le « genocide » de noix de coco a recommence, fracassees au sol au rythme des mantras mais ce sont surtout les dieux qui s’en sont pris « plein la tete »... le pretre a lave chaque petite statuette a l’eau « benite » (symbolisant la purification dans le Gange), les a disposees dans une bassine en metal, les a repurifiees dans un bain de lait et aspergees tour a tour de miel, ghee, sucre, fruits secs, epices... une vraie « piece montee »...
il a fallu ensuite recommencer toute l’operation de lavage et de sechage pour finir joliment disposees sur un plateau en metal argente afin recevoir l’ultime benediction : le tilak , le point de poudre coloree entre les deux yeux (que toute l’assistance a recu aussi par la suite).
Pendant tout ce temps, William deambulait dans l’appart avec quelques autres enfants, faisait des galipettes sur un tapis poussiereux sous les yeux attendris d’un vieux monsieur edente avec qui il s’est ensuite tape la discute longuement (je me demande bien ce qu’ils pouvaient se raconter...). Il venait aussi regulierement voir ce qui se passait autour du pretre (ce qui amusaient les indiens...), surtout attire par les chants, les cloches (qu’il a fini par pouvoir tinter lui aussi...), mais aussi par le « buffet » des offrandes aux dieux...
C’est comme cela qu’il a fini par se faire offrir par le pretre une pomme qui avait surement traine je ne sais ou et qu’il a commence a mordre goulument avec la peau... Pour ne pas choquer, ou risquer une crise, je n’ai pas ose me precipiter pour lui arracher des mains, (surtout que les indiens ne supportent pas les cris et pleurs des enfants et leur passent tous les caprices...), je suis donc obligee ici d’aprendre a relativiser certaines notions... mais quand je pense qu’a la maison il ne veut quasiment jamais manger de fruits epluches et bien laves.... Bref j’ai prefere me dire, qu’apres tout c’etait un fruit de « dieu », que cela ne pourrait donc pas lui faire de mal puisqu’ici la nourriture est consideree comme pure et benite...
D’ailleurs, nous n’y avons pas coupe nous aussi car l’etape suivante etait le « prasaada », le partage de la nourriture sacree. Le pretre a concocte un melange de sucre, de noix de coco rapee et de je ne sais quoi, qu’il a depose dans la main droite de tous (toujours avec sa main que l’on espere propre et benite J)...Nous avons enfourne la mixture. J’ai senti une legere inquietude dans le regard de Jean, moi je m’y attendais car je m’etais deja retrouvee par hasard dans des temples avec du riz ou autre dans la main...William lui a reclame une seconde dose...
Ensuite dans un bruissement de saris, tout le monde s’est mis a tourner trois fois sur soi meme, dans le sens des aiguilles d’une montre... le temps de comprendre ce rituel (dit Pradakshina) nous avons fait de notre mieux pour rattraper les tours... Dieu est symboliquement a droite et on tourne autour pour puiser sa force et son aide (c’est pourquoi les indiens tournent aussi ainsi autour des divinites representees dans les temples, ou meme tournent par respect autour de leurs ascendants ou des personnages spirituels). William, au milieu des gens, du haut de ses 92 cm, a ete d’abord surpris mais a adore cette soudaine danse, il a continue jusqu’a tomber parterre d’etourdissement.
La voix du pretre s’est tue (il doit etre epuise apres cette longue performance), le couple des futurs residents s’est prosterne aux pieds de leurs ascendants.
Puis il y a eu quelques distributions de cadeaux. Traditionnellement la famille offre des choses utiles pour la maison, et les collegues et amis des choses pour le « show off » et la decoration...
La famille voulait nous retenir a dejeuner mais Jean a fait de son mieux pour refuser poliment car la je sais que cela devenait un peu « too much » pour lui. Et on sait par experience que dans ce genre de cas il est difficile pour nous d’avaler leurs plats epices sans avoir l’air de souffrir le martyre avant et apres... (genre la scene dans le train pour ceux qui connaissent le film « le Cactus »).
Nous avons pris conges de nos hotes qui nous ont remis a chacun, selon aussi la tradition, deux bananes dans une feuille de Betel.
Personnellement, j’etais ravie et emue d’avoir partager cette ceremonie et de decouvrir tous ces rites.
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